Mes textes·Textes courts

Un diamant à l’état pur


Paul regardait Hélène coiffer ses cheveux. Pour la provoquer, il se mit à soupirer bruyamment.

— Arrête de soupirer comme ça ! s’écria-t-elle en se retournant brusquement.
— Nous allons être en retard. Encore…
— Encore ? Donne-moi un seul exemple.
— Eh bien, pour l’anniversaire de Jean par exemple, nous sommes arrivés avec seize minutes de retard.
— Nous avions eu tous les feux rouges ! Ce n’est quand même pas ma faute si tu as la guigne, rétorqua Hélène en reprenant sa brosse.
— C’est pour ça qu’il est de bon ton de prévoir une marge de manœuvre, soupira son mari en prenant un air accablé.
— Une marge de manœuvre ? Si je t’écoutais mon amour, nous serions déjà au restaurant depuis une bonne heure, s’exclama la femme en riant franchement.

Paul fut pris d’un fou rire. Effectivement, il était un peu, voire beaucoup, prévoyant en termes d’avance lors de ses déplacements. C’était leur seul motif de dispute. Alors quand il s’ennuyait, comme maintenant, il forçait un peu le trait. Il adorait voir Hélène s’échauffer. Le rose lui montait aux joues et elle avait cette petite moue boudeuse qui le faisait craquer.

Déjà, à leur premier rendez-vous, il était arrivé avec deux heures d’avance. Pour s’occuper, il avait fait le tour du quartier. Pas trop loin, au cas où. Après une dizaine de passages, plus ou moins discrets, devant sa maison, Hélène avait déclenché l’arroseur automatique. Juste au moment où il arrivait. Il était tombé amoureux. Dans son costume trempé, les fleurs à la main, il ne voyait plus qu’elle. Hélène et son rire, si communicatif. Il avait lâché son bouquet de fleurs et l’avait poursuivie et traînée à son tour sous la fine pluie artificielle.
Leur premier baiser avait cette saveur particulière, agrémentée d’une odeur d’herbe mouillée. Et surtout, il était indissociable du tintement des éclats de rire.

— Paul ? Tu penses à quoi ? Tu as ton air bêta, s’étonna Hélène qui était prête à continuer leur dispute habituelle.
— Devine… murmura Paul, un sourire espiègle aux lèvres.
— Maintenant ? Grand Dieu ! Nous serions en retard ! se moqua gentiment Hélène, l’air faussement effarouchée.
— Je ne pensais pas tout à fait à ça, mais maintenant que tu as soulevé l’idée… après tout, pour une fois, je peux bien être en retard. Et puis, je pourrais toujours dire que c’est de ta faute.
— Bas les pattes, espèce de voyou, lui enjoignit Hélène en esquivant son approche.

Elle s’éloigna de lui, sous le prétexte de choisir ses chaussures. En réalité, elle l’observa à la dérobée, la main posée sur la poitrine. C’est qu’il faisait toujours battre autant son cœur. Il s’était assis sur le lit, sourire aux lèvres. Sa confiance lui rappela leur premier rendez-vous. La confiance était alors la dernière de ses qualités. Il tournait depuis un bon moment autour de chez elle, en essayant de ne pas se faire voir. Le pauvre faisait peine à voir. Hélène avait accepté l’invitation par dépit. Son prétendant du moment avait porté son attention sur sa meilleure amie. Elle ne savait pas trop pourquoi elle avait décidé de l’arroser. Sûrement pour détendre l’atmosphère. Vu le stress du jeune homme, l’ambiance risquait d’être pesante. Avec l’arrosage, il n’y avait que deux possibilités. Soit il partait tout de suite, avec colère, soit il se déridait un peu. La technique avait fonctionné au-delà de son espérance. Après un moment d’hésitation où il avait eu un air si penaud et comique, il avait rit. Et Hélène était tombée amoureuse. En une seconde. Depuis ce jour, pas un seul jour n’était passé sans qu’elle entende ce son tant aimé.

Elle s’approcha du lit et embrassa tendrement son mari.
— Tu veux qu’on annule ? demanda Paul en entourant entre ses bras la taille fine de sa femme.
— On ne peut quand même pas rater nos noces de Diamant ! Soixante de mariage, ça se fête !

diamant

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7 réflexions au sujet de « Un diamant à l’état pur »

  1. Je suis en train d’écrire l’article pour les bloggers recognition award, où tu as ta place, et où je mettrais un petit lien pour chez toi, et ici particulièrement 😉

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